Portrait : Assaï Doumara Ngatansou

Aïssa Doumara reçoit le 08 mars 2019 le premier Prix Simone Veil de la République Française pour son engagement et combat pour l'égalité des sexes dans son pays le Cameroun en Afrique.





Née en 1972, Aïssa Doumara vit très tôt les différences de traitement forcée de se marier à 16 ans, et battue par son marie, elle cofonde en 1996 une antenne de l'association de lutte contre les violences faites aux femmes à Maroua au nord du Cameroun. Lors de la remise du prix, elle évoque son histoire "A 15 ans j’étais promise, à 16 mariée, à 18 maman." explique-t-elle avec émotion. Elle compris très vite qu'il fallait qu'elle continue de s'habiller comme une petite fille et d'aller à l'école si elle ne voulait pas se retrouver dans la peau d'une ménagère. Elle évitera les groupes d'épouses, et obtiendra de sa belle famille le droit de continuer les études jusqu'aux bac puis en étude secondaire à distance. " Il fallait que je me prenne en main pour ne pas entrer dans le schéma classique de la ménagère. J’ai donc décidé que dans ma tête je restais une enfant, que je devais continuer à m’habiller comme une enfant, à me comporter comme mes camarades de classe, à ne pas intégrer un groupe d’épouses. Sinon c’était fichu. " confira t elle sur son passé.


C'est en 1996 qu'elle rencontre Billé Siké, Camerounaise également, créatrice de l'ALVF (Association de lutte contre les violences faites aux femmes) dont Aïssa dirigera l'antenne de Maroua à seulement 26 ans, son mari est bien forcé de se plier. Aïssa mettra en place un maillage associatif serré : les 2 antennes de Maroua et Kousseri servent de structures principales à l'autonomisation et à la promotion des droits des femmes, elles informent et accompagnent les femmes dans l'apprentissage d'un métier ; des groupes d'initiative commune sont créer pour encadrer les activités de micro entreprise féminines ; une douzaine de brigade de 20 personnes sensibilisent les communes sur les questions du mariage précoce et forcé , et des violences faites aux femmes. Ces unités de 20 personnes regroupent enseignants, chefs traditionnels et religieux, parents, relais médiatiques et élèves ce qui permet d'orienter les femmes, ou jeune femme vers l'interlocuteur les plus concernés. Enfin, des "Clubs de jeune filles" sont organisés dans les écoles afin de faire remonter rapidement les signalements de mariage forcé et des violences.





C'est tous ce réseau qui a permis la prise en charge des rescapées de Boko Haram qui depuis 2014 enlève régulièrement femmes, garçons et filles, pour les réduire à l'esclavage sexuel ou domestique. Lorsque ces jeunes femmes parviennent à s'évader "elles sont stigmatisées par leurs entourages", c'est un long travail d'information auprès des populations qui les rejettent, et d'apprentissage pour les victimes qui ont avant tout besoin de se reconstruire. Aïssa leur propose la reconstruction par le travail indépendant.

© 2018, Magali Tranchant