De la volonté de puissance de DSK à Nafissatou



Nafissatou Diallo de la volonté de puissance Nietzsche


« La volonté de trouver le vrai : tel est le nom que vous donnez, ô sages insignes, à la force qui vous meut et vous met en rut. La volonté de rendre concevable tout ce qui est : c'est le nom que je donne à votre volonté. Vous voulez d'abord rendre concevable tout ce qui est ; car vous doutez à juste titre que ce soit concevable a priori. Mais il faut que tout se soumette et se ploie à votre gré. C'est ce qu'exige votre vouloir ; que tout s'assouplisse et se soumette à l'esprit, que tout se réduise à en être le miroir et le reflet. C'est là tout ce que vous voulez, sages insignes, et c'est un désir de puissance, même quand vous avez à la bouche les mots de bien et de mal et de jugements de valeur. Vous voulez d'abord créer un monde tel que vous puissiez l'adorer à genoux ; c'est votre dernier espoir, votre suprême ivresse. »

Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Du dépassement de soi-même.



La notion de « volonté de puissance » selon Nietzsche serait une volonté d’obtenir plus de puissance, toujours plus de puissance. Une volonté insatiable pour des personnes avides de pouvoir, d’argent, de réussite, qui n’a bien sure rien à voir avec la seule ambition, et qui se nourrit des frustrations d’une partie de la réalité de l’homme qui l’applique.


Plus, plus, plus, toujours plus … La plus belle épouse, admirée par toute la France pour son intelligence, ses bonnes manières, sa pertinence, sa justesse, sa pudeur et sa classe ; les plus hautes fonctions de celui qui dirige, qui donne les ordres et s’illustre comme un brillant homme d’affaire à travers le monde, craint de ses adversaires, mu d’une belle (fausse) empathie envers le bas peuple, lissant toujours son image de guerrier politique ; les plus belles demeures que ce soit à Washington où il occupe une somptueuse villa de 380 m2 et dont la cuisine seule est estimée à 125 000 euros, ou bien place des Vosges dans le seizième arrondissement de Paris où il occupe un 240 m2, ou encore à Marrakech, petit palais du moyen orient. Que pourrais vouloir de plus un homme qui a déjà tout ? Une Porsche ? Non, sans blague ! A quel endroit se trouverai sa frustration ?


Nietzsche oppose deux types de « volonté de puissance » : la barbarie qui en serait la forme primitive, brutale et stupide, condamnée par nos sociétés ; et la culture, qui en serait la forme raffinée et intelligente, celle qui a le plus de puissance, celle qui a le plus de valeur et de pouvoir dans notre monde civilisé.


Exercer sa puissance par la culture, l’érudition, l’idéologie et par la politique amène l’homme a évoluer dans les plus hautes sphères, dans les plus grands meetings, dans les meilleurs restaurants, les plus grandes galeries d’Art ; a épouser en quelques sortes des manières raffinées, élégantes, courtoises, réfléchies, et respectueuses, des manières qui d’une certaine façon sont à l’opposer de l’image de virilité, de puissance, de force, de pouvoir qui est imposée aux hommes et surtout aux hommes de pouvoir. Le mâle maniéré et raffiné a peur de se voir déviriliser et par conséquent se doit d’asseoir sa virilité. De plus, dans nos démocraties, l’éducation des instincts, ainsi que la libération de la femme et sa législation briment la puissance masculine, cette puissance de virilité, de patriarcat.


Certains pour y remédier épousent un top modèle. Ils montrent ainsi qu’ils « assurent » en « possédant » l’une des plus belles femmes du monde. Certains autres violentent leurs épouses sans laisser de marques, d’autres s’adonnent aux bagatelles libertines. Des hommes en quête de puissance, et en manque de cette puissance virile, peuvent aller jusqu’à commettre des crimes sur des enfants, dans des pays en voie de développement, sur les plus faibles qu’ils méprisent, ceux sur lesquels ils peuvent recracher leur puissance émotive enfuie. Mais à mesure que la proie est la plus faible et que le puissant est le plus puissant, celui-ci jouit d’autant plus de la puissance exercée. De même, à mesure que la proie est la plus faible et que le puissant est le plus puissant, celui-là nous prouve sont impuissance puisqu’il n’a aucune puissance sur lui-même, pour ressentir sa force il doit l’exercer sur le plus faible. Quand on a une épouse plus riche que soi, finalement une épouse plus puissante que soi, on doit se sentir tout petit ? D’où une frustration sur les femmes et sur sa virilité, encore plus forte, qui nourrit au final encore plus « la volonté de puissance ».


Rappelez-vous des élections présidentielles en 2007, c’est a ce moment là, que je me suis aperçue que nous avions à faire à un dirigeant phallocrate, et par extension, une gauche phallocrate. DSK était le plus virulent, le plus mesquin, le plus jaloux des adversaires de Ségolène Royale. Il s’attaquait ainsi à sa féminité, jupes et tailleurs, cherchait en vain à la déstabiliser (décidément c’est une habitude), s’imposait comme le chef du parti du PS, entrainait ses troupes contre la traitresse qui les avaient doublé dans les sondages et réussissais finalement à lui faire perdre les élections, car la gauche n’a pas sue se solidariser derrière elle.


Que lui reprochait on à Ségolène ? D’être intelligente ? (pour une femme c’est vicieux) D’avoir pris des décisions ? D’avoir désobéit au « père » de la famille du PS ? D’avoir le plus de succès (les votes des électeurs) ? D’être encore bandante à son âge ? Une femme présidente ? Oui, je pense que finalement, ce qui l’agaçait le plus s’était de se faire « détrousser » par une belle femme qu’il ne pouvait posséder ! Il l’a combattu viruleusement en se fichant bien de l’idéologie de gauche, car ce qu’il convoitait s’était le pouvoir ultime, encore plus de puissance, toujours plus de puissance. Il s’agit d’un type en manque de puissance virile.


D’ailleurs si on en croit la durée du rapport dans la chambre 2806 du Sofitel de New York, il aurait une tendance à être précoce, mais vu son grand âge, ça n’est pas un drame. C’est intéressant de constater que beaucoup d’hommes violeurs ont cette caractéristique, d’éjaculateur précoce ou de panne sèche, ne savent utiliser en temps normal leurs quéquéttes d’une manière très efficace, la pire des impuissances à compenser !


Nietzsche expose alors des hypothèses de causalité qu’il légitimise par un dualisme âme/corps et vie/matière. Pour être plus claire, c’est Pythagore qui amène la croyance en Grèce que l’âme est immortelle et par conséquent que l’âme et le corps sont indépendant l’un de l’autre. L’âme aurait alors une certaine action sur le corps et le corps une certaine action sur l’âme. L’idée de la « volonté de puissance » conduit à un rejet de ce dualisme, ainsi l’âme rejetée, il n’en reste que la matière, le matérialisme, dans lequel s’inscrit « la volonté de puissance ». Le rejet, le déni d’une certaine partie de soi entraine alors des frustrations, et l’âme frustrée cherche à s’exprimer autrement, cherche alors à s’épanouir dans les recoins de la personnalité de l’homme comme une relation interne conflictuelle, celle-là même qui va structurer, et déployer sa puissance. Ce que Nietzsche nomme le Pathos, la relation conflictuelle qui entraine la volonté de puissance, puise sa force dans les instincts, les pulsions et l’affect.


Dans l’hypothèse où Dominique Strauss Kahn serait frustré voir brimé dans sa virilité. Il serait alors en conflit interne avec le déni de son âme, son esprit et la vénération son corps, la matière. Ne pouvant donner libre cours à son affect et à son instinct, ils resurgiraient alors à certains moments pour s’exprimer sous forme de pulsions. Monsieur Strauss Kahn a accumulé les puissances pour palier à une impuissance sur lui-même. Restant dans une volonté de démonstration de virilité, de pouvoir, en toute somme « la volonté de puissance ».


Il a accumulé les richesses, les statuts sociaux, les prouesses professionnelles, mais toute cette croissance de puissance ne le rassure pas car au quotidien il se fait encore « détrousser » par des femmes (son épouse est plus riche donc plus puissante que lui, il s’est fait doubler aux présidentielles par une femme etc). La libération des femmes, leur accès aux droits et à la concurrence professionnelle n’est pas pour rassurer DSK dans sa virilité, son pouvoir, sa puissance suprême. Ces femmes qui le déstabilise dans sa sphère « cultivée », parce qu’elles sont aussi puissante que lui, il ne peut les rabrouer, les contrôler comme on le ferait sur un être inférieur, puisque dans sa sphère il se doit de rester, rappelons le : élégant, courtois, charmant, respectueux. C’est pourquoi, il va inférioriser des personnes qu’il considère inférieure ailleurs, en catimini : une gamine de 22 ans un peu paumée et vulnérable, une domestique noire, immigré d’Afrique depuis peu, dans un grand hôtel, une assistante par ci, hôtesse d’accueil là, il vise jeune, il vise vulnérable, il vise faible, il vise facile, un peu comme pour exercer son droit de cuissage.


L’accroissement de puissance ne donne pas accès à des droits divins ?

« Et Helvétius nous expose en détail que l'on aspire à la puissance afin d'avoir les jouissances dont dispose l'homme puissant... : il comprend cette aspiration à la puissance comme une volonté de jouissance, comme un hédonisme...»

Nietzsche, Fragments 4, FP XIV, 14.


Le monde est actuellement une démocratie régit par des droits. Même le moins puissants peut invoquer ses droits même si le plus puissant peut ne pas vouloir lui en laisser l’accès facilement. L’époque actuelle est une période de transition comme chaque fois précédant un grand changement de civilisation, qui survient d’un grand changement dans la pensée du peuple. En effet, c’est la « volonté de puissance » du peuple qui aide les civilisations à évoluer et muter dans le modernisme en renversant le pouvoir. Elle est opposé à la « volonté de puissance » des classes dirigeantes qui s’inscrit dans la volonté des élites intellectuelles bourgeoises et politiques dans un retour aux valeurs sures, aux valeurs traditionnelles, reniant toute la modernité, les avancée technique et législative de la période afin d’éviter le renversement du peuple sur le pouvoir.


Ainsi, de nos jours, on remarque que la classe bourgeoise cherche à ramener l’allaitement dans les valeurs sures, s’inscrivant dans le naturalisme ou dans le traditionalisme, pour remettre en question la place de la femme dans la société. L’évolution de la place de la femme dans notre société est une révolution. Elle est très problématique car si on accorde à l’être le plus inférieur par nature la liberté ou le droit d’égalité à l’être le plus supérieur par nature, alors on autorise le moins puissant des moins puissant à être aussi puissant que le plus puissant des plus puissants. Ainsi, on renverse les valeurs du droit divin des rois pour le droit divin des peuples.


On assiste alors à une puissance nouvelle par l’avènement des classes populaires à la vie politique, une sorte d’anarchie de la pensée, qui ne nous promet ni la paix, ni le bonheur, mais bien la vérité. C’est la « volonté de puissance » du peuple qui régit le monde, le permute, comme on a pu le voir en Extrême-Orient avec les révolutions arabes, et comme on peut le voir actuellement en la personne de Nafissatou.


Nafissatou Diallo, femme, noire, immigrée de Guinée depuis 2004, vivant dans le Bronx, un des plus bas quartier de New York, femme de chambre donc domestique donc servante, porte plainte pour viol, droit de cuissage, contre un des plus puissant du monde !


Symboliquement, la moins puissante femme du monde, l’être le plus méprisable au monde, cette femme qui est née sans droit d’équité, cette femme qui a connu la dictature, aucune liberté pour le peuple et encore moins pour les femmes, cette femme pourtant descendante d’un peuple divin de l’Egypte noire antique, les Peuhls, tribu sacrée de pasteur de la haute vallée du Nil, de l’Egypte haute, Nubiens nomades, et Ethiopiens chassés par l’Empire Romain. C’est cette femme et pas une autre, qui a choisis de ne pas se soumettre à un des dirigeants les plus puissants du monde. Elle exerce ainsi sa « volonté de puissance » du peuple sur le pouvoir en revendiquant ses droits acquis sur le sol Américain. Nous observons donc, une période de grand changement marquée par un renversement du peuple sur le pouvoir que nul ne peut contrôler.


« Partout où j’ai trouvé du vivant, j’ai trouvé de la volonté de puissance ; et même dans la volonté de celui qui obéit, j’ai trouvé la volonté d’être maître. [...] Et la vie elle-même m’a confié ce secret : « Vois, m’a-t-elle dit, je suis ce qui doit toujours se surmonter soi-même. [...] Et toi aussi, toi qui cherches la connaissance, tu n’es que le sentier et la piste de ma volonté : en vérité, ma volonté de puissance marche aussi sur les traces de ta volonté du vrai ! Il n’a assurément pas rencontré la vérité, celui qui parlait de la « volonté de vie », cette volonté n’existe pas. Car : ce qui n’est pas, ne peut pas vouloir ; mais comment ce qui est dans la vie pourrait-il encore désirer la vie ! Ce n’est que là où il y a de la vie qu’il y a de la volonté : pourtant ce n’est pas la volonté de vie, mais [...] la volonté de puissance. Il y a bien des choses que le vivant apprécie plus haut que la vie elle-même ; mais c’est dans les appréciations elles-mêmes que parle la volonté de puissance ! »

Ainsi parlait Zaharatrouska, Nietzsche, De la domination de soi.


Ainsi, Nietzsche en prophète qui aimait à dire qu’il ne serait comprit qu’au 21éme siècle avait prédit les grands changements induits par la « volonté de puissance » du peuple sur « la volonté de puissance » des dirigeants, cette mutation de la pensée et de nos civilisations. Ainsi, Nafissatou Diallo a parlée, celle qui n’est rien, celle que tout le monde méprise, mais issue d’un peuple divin qui a inspiré nos religions monothéistes, et soutenue par ses ancêtres, permettra le renversement du puissant par le peuple.

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© 2018, Magali Tranchant